Restauration: Setton BS5500


Le Setton BS5500 est un amplificateur de puissance français sorti en 1977 et connu pour son esthétique signée Alain Carré, un designer issu des studios Pierre Cardin. Intérieurement par contre c'est du Japonnais, le BS5500 emprunte ses circuits au Cybernet CA-200M: dissipateurs, transistors, transformateurs, résistances et même jusqu'aux séries de condensateurs et à la marque de câble employée, tout paraît presque identique. L'architecture est classique mais très soignée, la qualité de fabrication est bonne, au dessus de la moyenne.

Il s'agit d’une conception double mono intégrale: deux cartes d'amplification sur leurs dissipateurs, deux cartes "multifonction" (alimentation,protection,vu-mètres...etc), deux paires de condensateurs principaux, deux transformateurs...etc. On trouve même deux interrupteurs en façade (droite et gauche) et aussi deux sélecteurs de voltage à l'arrière.


1. Premier essai de l'appareil

L'appareil s'allume sans catastrophe ce qui n'est pas une surprise car son propriétaire s'en servait récemment, par contre cette première écoute sera courte. En effet le canal gauche ne sort aucun signal, de plus des "pocs" se font entendre à droite de façon intermittente. Les vu-mètres ne fonctionnent pas correctement non plus, et une ampoule ne s'allume pas (SPEAKER C).

Un passage au banc révélera de plus que le canal droit (celui qui "fonctionne") écrête massivement le signal passé 40 ou 50w. Ce canal distord donc beaucoup et ne sort même pas la moitié de sa puissance théorique.


2. Recherche de panne

Avant d'effectuer une restauration complète, nous devons déjà résoudre toutes les pannes. Après diagnostic nous trouvons la solution de plusieurs pannes sur les cartes "multifonction" (le signal y passe aussi d'ailleurs). Plusieurs composants sont remplacés dans les circuits liés au signal et aux vu-mètres.

L'ampoule qui ne s'allumait pas était en fait un câble rompu au niveau de la soudure, simplement.

Tout fonctionne désormais: les deux canaux, l'ampoule et les vu-mètres. Concernant ces derniers il faudra par contre effectuer un gros réglage. Je n'ai trouvé aucune valeur ou méthode constructeur pour cela, on appliquera donc la méthode "classique" de calibration, tout en recherchant la meilleure linéarité pour les vu-mètres.


3. Restauration des différentes cartes

Il est désormais temps de passer à la remise en état globale de l'appareil.

Cartes "Amplification de puissance"

Tous les condensateurs électrolytiques, complètement rincés, sont remplacés. Ceux dans le signal sont upgradés vers des modèles à film pour gagner en transparence sonore. Les relais, qui sont incroyablement peu marqués, profitent juste d'un bon nettoyage. Les trimmers de réglage du bias sont eux ouverts et désoxydés.

Cartes gauche et droite avant intervention:

Cartes gauche et droite remontées après intervention:

Les sockets TO3 étant soudés à ces cartes, il a fallu démonter tous les transistors de sortie pour accéder facilement au dessous des circuits. Ils seront donc mesurés au passage (encore bien appairés), réorganisés par duos encore mieux appairés, puis remontés avec de la pâte thermique haute performance fraîche et quelques isolants mica neufs.

Transistors remontés sur un canal:


Cartes "Multifonction"

Je ne vois pas comment les appeler autrement, on trouve sur ces cartes des composants qui traitent le signal d'entrée, génèrent un voltage utilisé pour les vu-mètres, s'occupent d'une partie de l'alimentation...etc. Un grand nombre de fils y sont connectés, la maintenance est donc peu aisée et il faut y aller délicatement car cet appareil utilise presque exclusivement du fil monobrin rigide (comme sur les amplificateurs à tubes), plus cassant que du multibrin.

Cartes gauche et droite avant intervention:

Quelques coups de fer malheureux, probablement datant de l'assemblage chez le fabricant, nous corrigerons cela:


Cartes gauche et droite remontées après intervention, à gauche on aperçoit aussi les fils abîmés réparés avec de la gaine:


4. Remplacement des condensateurs principaux

Les quatre condensateurs de filtrage principaux sont remplacés par des neufs, ils étaient en effet bien usés, avec des capacitances sous les -20% par rapport à leur marquage (10 000uf) et un courant de fuite élevé. Au passage on passe à des connexions à vis + cosses rondes car cela ouvre le choix et permet l'accès aux modèles les plus performants dans cette taille. La capacitance est augmentée ce qui combiné à l'ESR plus basse donnera un courant plus propre, l’architecture est ici idéale pour faire cela absolument sans aucun risque (grosses diodes métalliques surdimensionnées et transformateurs type EI core).

Les quatre condensateurs neufs, non ils ne sont pas montés mal alignés ;-) les deux du milieu sont bien un peu décalés d'origine:


5. Restauration des interrupteurs

La partie la plus délicate... l'appareil possède deux interrupteurs ON/OFF, un pour chaque canal. En plus de remplacer les condensateurs anti-arcs à la limite de partir en fumée (ces bons vieux RIFA...) nous décidons d'ouvrir complètement les interrupteurs pour les refaire (nettoyage/polissage des contacts et micro lubrification de certaines parties internes comme en usine).

La raison à cela, en plus d'être tranquille pour les décennies à venir, est que la façade de l'appareil a été littéralement noyée sous un produit gras, WD40 ou spray contact lubrifiant. Les interrupteurs baignent dans le même gras, et je soupçonne que quelqu'un ait mis ce produit dedans (ils ne sont pas étanches). Si jamais c'était le cas cela veut dire interrupteur HS à court ou moyen terme (jamais de spray gras dans ces interrupteurs ! leur lubrification mécanique se fait en usine avec des lubrifiants spéciaux, qui ne coulent pas, et à des endroits bien précis).

Ce sont de magnifiques modèles de chez ALPS à clavettes basculantes et pointeaux, dont ceux ayant un jour eu à les remonter se souviennent probablement. Avec l'habitude et beaucoup de doigté on y arrive.

Un des interrupteurs démonté:

Puis remonté une fois restauré et avec des condensateurs neufs:


6. Réglages, mesures et essai

Les réglages du bias et des vu-mètres sont effectués puis l'appareil est passé au banc de mesure. Rien à signaler de ce côté, tout fonctionne bien, très bien même. Le canal gauche est revenu et le canal droit sort sa pleine puissance sans distorsion. Puissance d'ailleurs supérieure aux spécifications d'origine, on dépasse les 2x110W (2x100W officiels) en gardant une sortie propre. Les performances techniques sont bien égales entre les deux canaux, et même les deux boutons de volume séparés sont étonnamment très bien appairés lorsqu'on les place sur le même cran. Après des heures de fonctionnement pour valider la fiabilité, cette pièce très originale de l’histoire de la Haute-Fidélité française est prête à retourner chez son propriétaire.

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